L’ancienne usine électrique de la Chaux-de-Fonds

 

Inaugurée en 1908 comme la nouvelle usine électrique de La Chaux-de-Fonds, cette centrale thermique a vu au fil du temps évoluer le caractère, la fonction et la puissance de ses installations, en étroite relation avec d’autres usines et stations qui depuis 2895 ont été peu à peu installées en ville pour répondre à la demande énergétique de sa population et de son industrie.

 

Le bâtiment est un exemple d’architecture industrielle de la Belle Époque agrémenté de détails d’Art nouveau, tout à fait dans l’esprit du temps qui tenait à exprimer avec un certain panache la foi dans le progrès technique, soulignée par le prestige des bâtiments destinés à des services d’utilité publique.

 

Fonctionnellement, elle comprenait deux grandes halles parallèles disposées en escalier dans la pente, une pour les machines, l’autre pour les chaudières, complétées par un ensemble aujourd’hui disparu de locaux techniques.

 

 

 

En 1897, l’électricité est amenée pour la première fois de l’Areuse à La Chaux-de-Fonds. A l’époque, la Chaux-de-Fonds vivait dans un espace beaucoup plus restreint qu’actuellement : la cité s’arrêtait à l’Ouest de la rue des Armées-Réunies, au Nord de la rue du Doubs, au Sud du pont du Grenier et à l’Est de la rue du Gazomètre.

 

Avec l’introduction de l’électricité, à l’instant même où celle-ci transformait l’Europe, La Chaux-de-Fonds allait profiter des progrès de la science pour mettre à la disposition de son industrie la force motrice indispensable à son évolution et pour se placer à égalité avec les grandes cités du pays et du continent.

 

Depuis 1903, on avait arrêté en principe la construction d’une nouvelle usine électrique qui renforce les existantes à l’époque à Combe-Garot et à Numa-Droz 44, ainsi que la station de réserve de la rue de l’Industrie 35. L’année suivante, le développement ininterrompu du service mène à la recherche d’un emplacement pour cette nouvelle usine ; un concours fut ainsi ouvert entre les architectes. Le terrain idoine est trouvé et acheté sur le domaine des Forges, au 174 de la rue Numa-Droz, nommé rue de la Demoiselle jusqu’en 1900 et dont cette partie n’existait qu’en pointillé sur les plans d’aménagement du territoire. En 1905, l’architecte chaux-de-fonnier Louis Reutter gagne le 1er prix du concours pour la construction du bâtiment. Le 27 décembre, un crédit de 1 685 000 francs est mis à la disposition du Conseil communal pour l’édifier ; ce prix comprend encore les machines et les appareils , l’établissement des nouvelles lignes aériennes et souterraines, etc …

 

Le projet dont les dimensions étaient imposantes comprenait : la halle des machines, la halle des chaudières, les locaux pour les accumulateurs et pour les ateliers, les dépendances et les magasins.

 

Les travaux allèrent bon train et la nouvelle « Usine des Eplatures », située à cette époque-là au milieu des pâturages en périphérie de ville, fut inaugurée avec toute la population rassemblée, le 13 août 1908. Peu après, elle servit de cadre à l’assemblée générale de l’Association Suisse des Electriciens où d’élogieux discours furent prononcés, un orateur allant même jusqu’à parler de temples modernes de l’électricité.

 

Depuis lors, le Service d’électricité connut en quelques années un essor prodigieux et ne cessa de se développer. Ainsi, La Chaux-de-Fonds participa en 1907 à la constitution de l’Électricité Neuchâteloise SA (ENSA), société qui eut pour but de se procurer de l’énergie électrique et d’assurer sa distribution dans les parties du canton qui n’en n’étaient pas encore pourvues.

 

En 1911, des concessions pour l’établissement des installations électriques intérieures commencent à être octroyées à la demande principalement d’une industrie horlogère de plus en plus mécanisée ayant besoin d’une force motrice plus commode que celle des machines à vapeur ou des moteurs à gaz. Parallèlement, l’éclairage public de nos rues au moyen de l’électricité fut introduit ; la rue Lépold-Robert, la rue et la place Neuve ainsi que le parc des Crêtets furent dotés les premiers de ce type d’éclairage. Ainsi, l’augmentation incessante de la demande provoqua l’arrivée de l’haute tension à Numa-Droz 174 et 1915.

 

En 1926, pour récupérer une partie de l’énergie des chaudières de l’usine maintenues sous pression en permanence, on créa ici un des premiers réseaux de chauffage urbain à distance en Suisse, alimentant habitations et entreprises du quartier.

 

Au titre de curiosité, pendant la deuxième guerre mondiale, l’usine électrique fut utilisée comme lieu de séchage payant de fruits et de légumes ouverte à la population.

 

 

 

En 1953, d’importantes transformations sont en cours dans le bâtiment afin de l’adapter aux besoins du moment, à la demande croissante de puissance électrique par la ville et à l’augmentation de tension nécessaire à l’introduction de nouvelles stations et transformateurs, il faut ajouter la modification de la chaufferie existante.

 

Centre général d’alimentation de la ville jusqu’aux années septante, c’est là que se sont retrouvés pendant la plupart de son histoire, les transformateurs produisant la moyenne tension pour l’alimentation des stations transformatrices de quartier par l’intermédiaire de câbles souterrains, de même qu’un laboratoire d’étalonnage et révision de compteurs. Parallèlement, elle abritait aussi à l’époque, et c’est toujours le cas, la centrale thermique d’un réseau de chauffage à distance.

 

C’est ainsi qu’elle comptait à l’époque un effectif de plus de vingt travailleurs.

 

Enfin, jusqu’à la cessation progressive de son activité, la machinerie et les appareils intérieurs du bâtiment, ont été l’objet de nombreuses transformations et actualisations aux besoins de chaque époque, ce qui a aussi laissé sa trace dans la configuration interne du bâtiment.
 

Ces dernières années, ce bâtiment, prisé et connu des habitants de La Chaux-de-Fonds, a souvent été utilisé par la ville afin d'y organiser différents événements tels que des remises de diplômes, théâtres, concerts, etc ...

 

JAE, juillet 2014